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Les débuts de carrières des jeunes femmes diplômées des filières scientifiques : pénalisation salariale et désenchantement

samedi 28 mai 2016

Le CEREQ, dans une étude récente, analyse, avec une perspective de genre, les débuts de carrières de jeunes femmes ayant réussi dans des filières scientifiques peu féminisées de l’enseignement supérieur. Pour cela, les données de l’enquête « Génération 2004 » du Céreq qui permettent de décrire les parcours des jeunes diplômé(e)s entre 2004 et 2011, ont été mobilisées. Elles donnent à voir que si ces jeunes femmes sont parvenues à convertir leur réussite scolaire en réussite professionnelle, elles subissent une pénalisation salariale vis-à-vis de leurs collègues hommes et elles expriment une frustration certaine.

Une pénalisation salariale évidente

Ces jeunes femmes subissent dès les premières années de vie active, une pénalité salariale par rapport aux hommes. C’est en lien avec leur moindre accès à certains statuts, fonctions et domaines monétairement valorisés par le marché du travail. Outre l’accès plus difficile à ces positions d’emploi, elles doivent également dans certains cas faire face à des rendements salariaux de leur formation inférieurs à ceux des hommes. De plus, comme nombre d’études l’ont montré, les femmes font l’objet de sanctions pratiques ou symboliques telles que la disqualification de leurs compétences, une mise à l’épreuve des capacités professionnelles, des entraves à la carrière et sont très souvent confrontées au sexisme, que celui-ci soit hostile ou bienveillant. Le résultat : les disparités salariales observées entre jeunes hommes et jeunes femmes se confirment et même, elles progressent. L’écart brut des salaires moyens passe de 15,7 % en 2007 à 21,1 % en 2011.

Les femmes sont moins souvent cadres que les hommes

Comme pour la correspondance entre emplois occupés et formations suivies, on observe de grandes disparités entre les hommes et les femmes pour l’accès aux positions de cadre. Ainsi, les hommes sont classés cadres dans 75 % des cas, contre seulement 54 % des femmes, proportions qui se maintiennent entre 2007 et 2011.

Si, en début de période, en 2007, les femmes occupent dans des proportions comparables aux hommes des fonctions d’encadrement (23% contre 26%), c’est loin d’être le cas en fin de période, en 2011. Ces derniers ont vu leurs chances d’occuper ce type de fonction multipliées par 1,6 alors que le nombre de femmes encadrant n’a, lui, pas progressé.

Les femmes investissent davantage le secteur public

Dès 2007, on observe une préférence nette des femmes issues des formations scientifiques et techniques pour le secteur public (23 % contre 13 % des hommes) plutôt que le secteur privé. Cette préférence tend encore à s’accroitre en 2011, la part des femmes dans le public gagnant encore 4 points. Un rapide regard sur les professions exercées dans le public indique que ce type d’emploi correspond deux fois sur trois à des entrées dans les carrières de l’enseignement, comme professeur des écoles ou professeur du secondaire.

Le temps n’arrange rien et le désenchantement gagne

Leurs difficultés à intégrer les emplois les plus valorisés ne se résorbent pas avec le temps. Plus globalement, se dégage l’impression d’une difficulté persistante à intégrer le cœur des métiers du domaine professionnel auquel elles ont été pourtant préparées et, au sein de ce domaine, les positions les plus prestigieuses et rémunératrices. Au final, après sept ans sur le marché du travail, elles témoignent d’un certain désenchantement, plus marqué que chez leurs homologues masculins ou que chez les femmes diplômées de filières plus féminisées de l’enseignement supérieur. 28 % s’estiment utilisées sous leur niveau de compétences en 2011 contre 26 % en 2007, alors que pour les hommes la baisse est tangible (de 28% à 21% entre 2007 et 2011).

Un handicap inchangé ?

Cette étude confirme que l’école, via les orientations, n’est donc pas responsable de tous les maux. La prise de conscience qui s’était faite jour en 1990, matérialisée sous la plume de Marie Duru-Bellat, reste d’actualité : « Les femmes scientifiques n’échappent pas aux disparités de carrières avec leurs homologues masculins. (…) Les modes de gestion de la main d’œuvre ne sont pas indépendants en effet du statut familial des personnes et de leur sexe. Le recrutement ne s’opère pas en fonction du seul diplôme ».

Nous savons que le premier obstacle à l’insertion des femmes dans les métiers habituellement exercés par des hommes intervient au moment de l’embauche : 424 femmes sur les 945 interrogées n’ont jamais pu exercer le métier appris. Marie Duru-Bellat parle d’un « handicap inchangé » pour les filles quand elles s’engagent dans des formations masculines. Il convient malgré tout de nuancer ce propos car d’autres études ont, depuis les travaux de Marie Durut-Bella, montré la réduction tendancielle des inégalités au fur et à mesure que le niveau de formation s’élève.


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