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Les femmes à temps partiel : quels parcours professionnels, quels profils ?

samedi 20 août 2016

L’originalité de cette étude est de reconstituer les carrières individuelles des femmes et des hommes nés entre 1935 et 1984 grâce aux données de l’enquête Santé et itinéraire professionnel (SIP), ce qui permet à la fois de décrire les évolutions au fil des générations et de caractériser des parcours types pour les femmes. Les parcours professionnels des femmes présentent une grande diversité au regard du recours au temps partiel, du passage par l’inactivité et des types d’emploi occupés. Comment se différencient ces parcours ? Quelles sont les caractéristiques des femmes qui suivent tel ou tel parcours ?

La génération du baby-boom, avec la présence croissante des femmes sur le marché du travail s’accompagne d’une augmentation de la place du temps partiel avec l’âge, après 25 ans, contrairement aux générations les plus récentes pour qui le temps partiel progresse en début de vie active.

Les carrières jusqu’à 45 ans des femmes nées avant les années 1960 peuvent être regroupées autour de 7 parcours types :

  • 50 % des femmes n’ont occupé que des emplois à temps complet, ce qui correspond à une situation d’emploi quasi continue.
  • 6 % de femmes ont des changements d’employeurs et des périodes de chômage ou d’inactivité.
  • 16 % de femmes ont un parcours commencé à temps plein lors d’emplois de courte durée ce parcours s’achever précocement autour de 25-30 ans.
  • 8 % de femmes ont connu un épisode à temps partiel dans le cadre d’emplois stables.
  • 6,5 % de femmes ont un parcours d’emploi continu où le temps partiel apparait surtout après 35 ans.
  • 7 % de femmes ont un parcours marqué par l’inactivité et des changements d’employeurs. L’emploi à temps partiel ne devient la situation principale qu’à partir de 35-40 ans.
  • 7 % de femmes sont sans emploi entre 20 et 44 ans.

Les femmes qui suivent ces sept types de parcours se différencient, « toutes choses égales par ailleurs », par leurs caractéristiques familiales et résidentielles, leur niveau d’études et les attributs des emplois qu’elles occupent :

  • Avant 45 ans, les femmes qui ont travaillé à temps partiel de façon quasi continue ou durablement inactives ont significativement plus souvent au moins deux enfants.
  • À 45 ans, les femmes qui travaillent à temps partiel vivent plus souvent que les autres femmes en milieu rural et ont plus souvent connu un déménagement pour raison professionnelle. Qu’elles aient occupé ou non un emploi à temps partiel, les femmes aux parcours relativement instables ont aussi plus souvent vécu des déménagements pour des raisons non professionnelles, comme suivre leur conjoint.

Ces différents parcours sont associés à des femmes dont le profil se différencie notamment par le niveau d’études et le nombre d’enfants. Ce lien met en exergue le rôle des déterminants familiaux dans le rapport à l’emploi des femmes. Les femmes les moins diplômées et/ou mères de plusieurs enfants sont celles qui s’éloignent le plus de l’emploi et qui sont le plus souvent à temps partiel ou inactives.

Les taux de temps partiel augmentent avec l’âge de cohorte en cohorte. L’emploi à temps partiel est en forte progression dans l’économie mais les différences existent et sont importantes entre les hommes et les femmes. L’essor du temps partiel dans les parcours professionnels des générations 1935 à 1984 et sa concentration sur les carrières féminines témoignent des différences de comportements d’activité des femmes et des hommes. L’offre de travail des femmes est plus largement guidée que celle des hommes par des motifs familiaux, mais elle est aussi plus flexible. Au fil des générations, le creux d’activité lié aux naissances et à l’éducation des enfants se fait en partie à temps partiel pour les femmes, les carrières des hommes sont davantage marquées par l’inactivité et le chômage.

L’identification des facteurs conduisant à des parcours considérés comme « non standards » peut éclairer sur les politiques à mettre en œuvre pour améliorer l’acquisition de droits. En particulier, le lien entre la dimension familiale et l’offre de travail des femmes justifie que les politiques publiques visant à une présence plus forte des femmes sur le marché du travail promeuvent une meilleure articulation des vies professionnelle et familiale, en facilitant l’accès à des modes de garde en milieu rural par exemple, et qu’elles encouragent l’acquisition de compétences permettant aux femmes les moins dotées en capital humain ou ayant durablement ralenti leur activité professionnelle de conserver des chances d’occuper un emploi de qualité.

Ces résultats interrogent à plusieurs titres les politiques publiques. La transformation des carrières féminines au fil des générations, la participation croissante des femmes au marché du travail, mais aussi la distance qui persiste pour nombre d’entre elles avec l’emploi continu à temps complet, posent question au regard de l’acquisition de droits sociaux. En matière de retraite, par exemple, des dispositions atténuent les effets des aléas de carrière sur les retraites, mais les droits accordés restent inférieurs à ceux acquis en cas d’emploi à temps complet et, a fortiori, ils ne compensent pas les conséquences en chaîne, souvent négatives, de ces aléas.

L’intensité des liens entre les caractéristiques familiales et la distance à l’emploi, notamment à temps complet, qui est ainsi mise en évidence, traduit vraisemblablement la plus ou moins grande capacité des femmes à occuper une position sur le marché du travail susceptible de peser dans l’arbitrage entre travail et famille.


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