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Violence et harcèlement au travail en Europe

samedi 7 mars 2015

Les femmes sont les premières concernées

La violence physique au travail a diminué, mais les autres formes de « comportements sociaux défavorables » persistent, avec un léger accroissement de la violence et du harcèlement, largement causé par les tiers, clients, consommateurs, patients ou étudiants. C’est la conclusion à laquelle arrive une étude de la Fondation européenne sur les conditions de travail (Eurofound), basée sur plusieurs enquêtes faites dans les pays européens de 2009 à 2013.

L’intensité grandissante du travail, la tension psychologique et physique que demandent les emplois, l’insécurité de l’emploi, des pratiques managériales de misère augmentent la probabilité de la violence et du harcèlement. La crise les aggrave, surtout depuis 2010.

Or, violence et harcèlement au travail ont un impact sur la santé des salariés et rendent difficile le travail au long de la vie, Mais ils agissent aussi sur la performance des entreprises par une plus faible productivité et un fort turn over.

Les femmes subissent davantage violence et harcèlement que les hommes, on ne s’en étonnera pas. C’est le cas dans presque tous les pays européens. Violence et harcèlement concernent en priorité les salariés du secteur social, de l’hôtellerie et la restauration, secteurs où travaillent de nombreuses femmes, et des transports et logistique. Être immigré, intérimaire ou apprenti sont d’autres motifs fréquents. Et les jeunes salariés en souffrent plus.

Le développement comparatif du problème dans les différents pays d’Europe crée quelques surprises : les salariés de l’Europe du sud s’en plaignent moins que ceux de l’Europe centrale et du nord. La France se situe à un niveau proportionnellement élevé.

Mais depuis 2000, les pays de l’Europe du nord ont développé de nombreuses politiques pour faire face au problème, plus que d’autres pays. Et si cette législation est d’ampleur variée selon les pays, cela reflète les particularités culturelles, le niveau de prise de conscience et les différences en matière de lois du travail : plus de législation existe contre ce problème en Scandinavie ou au Benelux qu’au Royaume-Uni… La Slovénie et l’Irlande viennent d’introduire la définition de la violence et du harcèlement dans leur corpus législatif, ce qui existe déjà en France.

En général, cette législation évolue et se renforce dans de nombreux pays européens ces dernières années, concernant violence, harcèlement, discrimination, égalité de traitement, au travail ou en général dans la vie, de même que se développent des politiques préventives, dans le cadre de la prévention des risques professionnels par les entreprises, des initiatives publiques et celles des partenaires sociaux, par exemple l’ANI français de mars 2010.

Cependant, dans beaucoup de pays le travail de prise de conscience et de lutte contre le problème est loin d’être complet. La prise en charge et l’association des différents acteurs ont besoin d’être améliorées et complétées. C’est la condition pour qu’émergent des politiques de long terme, développées par le dialogue social dans les procédures des entreprises et les politiques nationales. Et cela va du niveau global …jusqu’à l’action des représentants du personnel dans l’entreprise.

Les « comportements sociaux défavorables » par pays et par sexe

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(cliquez sur l’image pour l’agrandir)


(source : enquête Eurofound 2010 sur les conditions de travail)
On voit que la proportion de femmes européennes sujettes (15,1 %) à ce problème est plus forte que celle des hommes (13,3 %) dans la plupart des pays d’Europe, avec un écart plus important dans certains pays scandinaves et baltes. Le graphique montre aussi le plus faible taux, hommes ou femmes, des pays du sud : moindres exigences productives ? moindre prise de conscience ?