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Une société de plus en plus méfiante, partout dans le monde

mercredi 16 décembre 2015

Depuis quelques années, toutes les analyses et les enquêtes le confirment : la méfiance s’installe et grandit à tous les niveaux de la société. Une méfiance à l’égard, des média, des institutions, des entreprises, et aussi des ONG, de même qu’elle existe aussi vis-à-vis des partis politiques et des corps intermédiaires. L’érosion du corps sociétal continue en 2015.

Cette question est particulièrement intéressante à suivre en France au lendemain des élections régionales.

Depuis 2001, l’agence de communication Edelman (*) passe au scanner, par une enquête annuelle, l’état de la confiance de l’opinion publique dans le monde. Pour la 15ème édition, entreprises, gouvernements, médias enregistrent à nouveau un recul de confiance. Cette enquête inclut 27 pays et 33 000 répondants avec une étude qualitative auprès de 700 personnes âgées de 25 à 64 ans disposant de revenus supérieurs à la moyenne.

Les résultats de l’enquête en 2015 : les gouvernements sont de moins en moins crédibles (une moyenne de 48 % pour 2015).

Vis-à-vis des entreprises, à cause des banques et des services financiers, la confiance diminue d’année en année (59 % en 2012, 57 % en 2014). Les industries alimentaires deviennent de plus en plus suspectes avec les aliments OGM. Pour les pays développés, les entreprises familiales sont privilégiées (72 %) par rapport aux entreprises d’État (44 %) et aux multinationales (45 %).

Les résultats par pays : l’Allemagne est en queue de peloton (45 % de confiance), suivie de Hong-Kong (42 %), la Corée du Sud (36 %). le Brésil 38 %, la Chine 36 %, la Russie 35 %... Mais la Suède fait 75 %, la France 62 %,

Les géants technologiques enregistrent une baisse de 3 points.et la finance obtient une opinion favorable sur deux. Les médias baissent régulièrement (53 % en 2014, 51 % en 2015). Du côté des ONG, des signes de méfiance commencent à poindre (3 points de moins qu’en 2014 soit 63 %).L’innovation est remise en question. Pour 51 %, cela va trop vite, 19 % trouvent le rythme adéquat et 28 % voudraient aller plus vite.

On assiste à une lente et durable déliquescence de la confiance entre le corps sociétal et les grandes catégories que forment les entreprises, les médias, les ONG et les gouvernements. Comment renouer les fils du dialogue et redonner de la confiance ?

Les formations en management se sont emparées de ce problème de défiance, et établissent les cartographies des compétences à acquérir dans une société en mutation, car cette méfiance porte préjudice à la croissance économique :

  • accepter la complexité de son environnement : savoir se mettre en danger tout en maîtrisant les risques. C’est un atout décisif, principal moteur de la prise de décision dans des environnements incertains.
  • refuser le statut quo, même si on doit faire face à l’incompréhension de son environnement, sortir de sa zone de confort, créer une dynamique d’action.
  • accompagner le changement.

Plusieurs économistes tracent des lignes de conduite. Voir le livre « Confiance et Défiance dans les organisations »(**). La confiance est un acte de foi tout à fait réversible. Elle dépend de quatre variables :

  • 1- La mémoire des épisodes passés et l’expérience des acteurs dans des situations similaires.
  • 2- Les anticipations de ce qui peut advenir, des bénéfices à attendre et des risques de l’action, combinés au niveau d’incertitude, et la stratégie proposée pour y faire face.
  • 3- Le contexte de l’interaction : les règles du jeu, la teneur des contrats entre les acteurs, l’« insertion » dans des ensembles sociaux plus larges (y a-t-il un public, des coéquipiers, un arbitre ?).
  • 4- La dynamique des interactions : ce que les uns et les autres disent, font, décident, offrent, promettent.

Paul Ricœur parle d’ « un parcours de la reconnaissance ». Soit quatre déterminants de la confiance : le passé, l’avenir, l’identité et la dynamique des interactions. Il revient au leader de gérer ce parcours. Il ne peut le faire que par l’éthique du leadership : « se poser en tiers-garant, c’est d’abord dire la mémoire, interpréter le monde, débattre et décider d’une stratégie, de structures et de valeurs. C’est ensuite signer, c’est-à-dire prendre la responsabilité de ce que l’on a dit, raconter, promis. C’est dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit, respecter la force du réel, harmoniser les moyens et les fins, servir la raison et l’équité ».


Références :
(*)Baromètre Edelman Trust : Trust Baromètre 2015 : www.edelman.com
(**)Confiance et Défiance dans les organisations de Roland Reitter avec Bernard Ramanantsoa (économica 2012).