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9 juillet 1970, premier ANI sur la formation permanente

dimanche 11 juillet 2010

Il y a 40 ans était signé un « accord national interprofessionnel sur la formation et le perfectionnement professionnels » ; c’était le premier.

Une Commission paritaire interprofessionnelle régionale de l’emploi, celle de Midi-Pyrénées, a eu la bonne idée de s’en souvenir et d’organiser une journée de débats le jour même des 40 ans et d’inviter les participants à une réflexion à partir de cet accord jusqu’aux enjeux actuels et futurs de la formation continue et du rôle des différents acteurs.

Avant cet accord, il existait déjà des cours du dimanche, puis du soir, organisés par l’éducation nationale, les municipalités. En même temps s’était développée l’éducation populaire. L’après-guerre connut aussi l’essor de la promotion supérieure du travail, permettant d’atteindre un diplôme d’ingénieur, notamment au Cnam. Enfin, des entreprises telles Renault, Snecma, Télémécanique, etc. avaient déjà ressenti le besoin de développer les compétences et qualifications de leurs salariés et créé tant des services internes de formation que des organismes extérieurs de formation tel le Cesi.

Mais ces initiatives, même nombreuses, étaient loin de représenter un accès pour tous. Beaucoup de salariés étaient non qualifiés et/ou sans perspective promotionnelle.

Dans la foulée de 68 et de l’accord de Grenelle, patronat et syndicats se retrouvent et signent d’abord un accord sur la sécurité de l’emploi, le 10 février 1969 (il y avait environ 350 000 chômeurs) et conviennent, sous la pression des pouvoirs publics, de continuer en négociant sur les conditions permettant de développer la formation avec le concours de l’État. Ils aboutissent au premier ANI sur la formation en 1970, signé par le CNPF et la CGPME d’une part et les cinq confédérations syndicales, et repris en loi dès l’année suivante sous l’impulsion de Jacques Delors.

Sans prononcer les termes de « formation tout au long de la vie », les partenaires sociaux ont déjà l’ambition d’« assurer la cohérence et la continuité entre les premières formations qui préparent l’accès à l’emploi et les formations complémentaires qui s’adressent aux travailleurs en activité ». Beaucoup de jeunes sortant de l’école sans qualification, ils apportent une grande attention au développement de la formation professionnelle initiale et de l’apprentissage, à leur qualité, à leur financement ainsi qu‘à la place des représentants des salariés dans les conseils de perfectionnement des centres d’apprentis.

Pour les entreprises et les salariés, les partenaires sociaux renforcent le rôle des commissions paritaires de l’emploi, créées par l’accord de 1969, dans « la définition et la mise en œuvre des politiques conjointes de l’emploi et de la formation » et celui des comités d’entreprise. Ainsi on place la formation continue, domaine peu conflictuel, dans un climat partenarial.

Pour les salariés, l’accord organise la possibilité d’effectuer une formation avec maintien du salaire pendant le préavis en cas de licenciement collectif. Pour les salariés en emploi, il garantit le droit à une autorisation d’absence jusqu’à un an pour partir en formation et en définit les modalités – mais déjà on en exclut les salariés à moins de 5 ans de la retraite ! L’entreprise assure la rémunération quand la formation suivie est à sa propre initiative ou correspond aux priorités définies par la commission paritaire de l’emploi.

Pour toutes les questions de financement, formation continue et apprentissage, les partenaires sociaux demandent des discussions à l’État, qui aboutirent dès 1971 à la création de l’obligation annuelle de dépense de formation (0,8 % de la masse salariale, au départ) et à celle d’organismes paritaires de gestion du financement de la formation, les fonds d’assurance formation, ancêtres des actuels OPCA.

Enfin, les partenaires sociaux entendent suivre la mise en oeuvre de leur accord par la création d’un « Comité paritaire pour la formation et le perfectionnement »qui fera une évaluation et un rapport annuels.

Ainsi a été créée la base de notre système actuel, même si 36 accords ultérieurs ont fait beaucoup d’innovations et entraîné bien des évolutions. Ce système a permis une forte progression de l’effort national en faveur de la formation, mais il demeure inégalitaire et n’ouvre pas de réelles perspectives de promotion sociale.