Une approche nouvelle
Habituellement, le rapport annuel de l’Observatoire s’intéresse à la situation des habitants de ces quartiers par exemple à la qualité de leur vie ou à leurs relations avec la police. Mais, pour ce 6ème rapport, une démarche nouvelle a été mise en place. Les six études présentées se rapportent toutes au thème transversal des « vulnérabilités et ressources », parmi lesquelles des nouvelles, mises en lumière par la crise du Covid-19.
Le cadre est bien connu
Ces quartiers sont caractérisés par une inégale réussite scolaire, une orientation des jeunes plus importante vers des filières technologiques ou courtes et, dans le domaine de la santé, une prévalence du surpoids, du diabète et de l’hypertension. Pour ce qui est de l’emploi et du développement économique, l’insertion professionnelle des jeunes est plus difficile, le taux de chômage 2,5 fois supérieur à celui des unités urbaines alentour. Enfin, ces résidents sont davantage concernés par la délinquance, le bruit et les dégradations. La mauvaise image de ces quartiers s’améliore néanmoins à la télévision et dans la presse depuis 2018.
L’impact du Covid-19
En mars 2020, les habitants de ces quartiers étaient deux fois plus fréquemment positifs au Covid-19 que les habitants du reste du territoire. Ils résident plus fréquemment dans des communes densément peuplées et dans des logements suroccupés, et de ce fait sont également plus vulnérables en raison de leurs conditions de vie mais aussi d’emploi qui les mettent en contact avec les autres citoyens. Les auteurs du rapport les appellent les « nouvellement vulnérables » de la crise sanitaire.
Les principaux enseignements
Les conditions de vie et l’emploi
Différentes enquêtes ont déjà montré la forte proportion de personnes des quartiers prioritaires occupant des métiers de « première ligne ». Le rapport s’intéresse aussi aux salariés de la deuxième ligne qui subissent un risque d’exposition au virus dans le cadre de leur activité professionnelle : dans les services, la culture, le sport, les transports, l’hôtellerie-restauration… Pour les chercheurs, il s’agit d’une catégorie de métiers « nouvellement vulnérables ». Ces professions sont fréquemment exercées en QPV : 26,8 % de leurs habitants ayant un emploi les occupent, contre 16,6 % sur le plan national. En additionnant les professions définies comme « sur le front du Covid-19 », « nouvellement vulnérables » et « vulnérables de toujours » (artisans et ouvriers de l’industrie et du bâtiment), on obtient 85,3 % des métiers exercés par les habitants des QPV.
Un vieillissement de la population
Le rapport met en avant le vieillissement de la population de ces quartiers. Ainsi, la part de leurs habitants ayant plus de 60 ans augmente (+1,7 % entre 2010 et 2016), alors que ce n’est pas le cas pour les autres tranches d’âge. Cette tendance est celle du reste de la France et nous savons qu’elle va continuer à croitre. Mais l’Observatoire pointe des particularités pour inciter à la vigilance : une part des femmes parmi les 60/74 ans qui a augmenté de manière plus prononcée qu’ailleurs, une surreprésentation des personnes étrangères et un isolement grandissant, spécialement des femmes âgées.
Une fracture numérique qui demeure
Les habitants des QPV utilisent globalement autant internet que les autres Français. Mais le rapport indique qu’il est plus difficile pour eux de l’utiliser pour faire des achats, effectuer une opération bancaire… ou encore pour accéder à des services publics. Rappelons que ces derniers étaient pratiquement inaccessibles durant le confinement car joignables uniquement numériquement. Les auteurs pointent les demandes en ligne de prestation Caf, que 14 % des résidents des QPV jugent « difficiles », contre 11 % de ceux des unités urbaines englobantes. Mais aussi la e-déclaration d’impôt, « difficile » pour 22 % des habitants des QPV contre 12 % dans les unités urbaines voisines.
Des ressources mobilisées qui apparaissent
Le rapport montre que ces habitants ont pu mobiliser d’autres ressources que les ressources traditionnelles et institutionnelles. Pour le sociologue et urbaniste Romain Leclercq qui a participé aux travaux, les ressources des quartiers populaires sont basées aussi sur la participation des habitants. Pour lui, la crise sanitaire a particulièrement « mis en valeur les capacités d’organisation » de ceux-ci. Leurs relations « sont basées sur la proximité́ et la réciprocité́ ». Ce type de liens, s’ils ne sont pas spécifiques aux quartiers populaires, y apparaissent plus structurants pour les familles. Il indique que, selon lui, l’entraide, l’économie informelle (mécanique de rue, entretien d’un potager…) et le rôle des associations « constituent un potentiel pour l’action publique ».
Conclusion
Ce document fort utile devrait permettre d’éclairer la prochaine révision des contrats de ville qui ont été prorogés jusqu’à fin 2022. Mais aussi, de manière globale, d’adapter les politiques publiques aux fragilités apparues au cours de la pandémie ou confirmées par elle. On pense à l’accès physique aux services publics ou au vieillissement de la population.
Quelque chiffres clés de la situation des quartiers et de la politique de la ville
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