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Les clés du social : Les revenus du travail en déclin, l'innovation diminue la part des salaires

Les revenus du travail en déclin, l’innovation diminue la part des salaires

Publié le 12 octobre 2024 / Temps de lecture estimé : 4 mn

Un rapport de l’OIT, Organisation internationale du travail, alerte sur l’écart croissant entre les revenus du travail en déclin et ceux du capital en augmentation. Les inégalités s’aggravent, les jeunes sont confrontés à de nouveaux défis sur le marché du travail.

Le rapport montre que la part mondiale du travail, c’est-à-dire la part du revenu total perçue par les travailleurs, a diminué de 0,6 % entre 2019 et 2022 et est restée stable depuis, aggravant ainsi une tendance à la baisse observée depuis des décennies. Si cette part était restée au même niveau qu’en 2004, les revenus du travail auraient été supérieurs de 2,4 trillons de dollars rien qu’en 2024.

La pandémie de COVID 19 a été un facteur déterminant de cette diminution avec près de 40 % de la baisse de la part des revenus du travail survenue durant les années de pandémie, de 2020 à 2022. Cette crise a exacerbé les inégalités existantes, en particulier en raison de la concentration des revenus du capital parmi les plus riches, compromettant ainsi les efforts pour atteindre l’objectif de développement durable (ODD 10), pour réduire les inégalités à l’approche de 2030 :

  • Toutes les régions ne sont pas affectées de la même façon ;
  • Entre 2019 et 2024, l’Afrique et l’Amérique accusent une perte de 1,2 point de pourcentage ;
  • Les revenus du travail reculent de 0,2 point seulement pour l’Asie et le Pacifique.
  • En Europe, ils ne reculent que d’un point grâce à un rebond en 2023 et 2024.

L’automatisation et l’IA sont en partie responsables du décrochement entre l’augmentation des salaires (+53 % en 20 ans) et celle de la productivité (+58 % en 20 ans). Selon l’OIT, bien que ces innovations aient stimulé la productivité et la croissance économique, les travailleurs n’ont pas bénéficié équitablement des gains qui en ont découlé. Les développements récents dans le domaine de l’intelligence artificielle risquent d’accentuer les inégalités :

  • « Il faut mettre en œuvre des politiques qui favorisent une répartition équitable des bénéfices économiques, incluant la liberté d’association, la négociation collective et une administration du travail efficace pour parvenir à une croissance inclusive et ouvrir la voie à un développement durable pour tous ».

Les destructions et les transformations des emplois peuvent affecter différemment certains travailleurs en particulier en fonction de leur niveau de qualification : c’est la question de la nature et de la qualité des emplois créés et détruits dans ces nouveaux processus qui est en jeu. Les avancées technologiques pourraient favoriser la dégradation de la qualité des emplois peu qualifiés et accroître les plus qualifiés. La création d’emplois plus technologiques profitera aux plus qualifiés. On assiste dans ce cas à une destruction des emplois peu qualifiés tandis que les travailleurs qualifiés bénéficient des innovations technologiques.

« Une polarisation des emplois », les emplois moyennement qualifiés du milieu de la distribution sont remplacés par des machines, tandis que les emplois situés aux deux extrêmes sont préservés. Les emplois qualifiés gagnent en complexité et en intérêt.

  • Les emplois moins qualifiés deviennent moins routiniers et ne peuvent pas être remplacés par des machines (tâches interactionnelles et manuelles non-répétitives peu qualifiées), il se développent.
  • D’autres facteurs rentrent en jeu, en particulier les modifications dans la régulation du marché du travail, qui peuvent favoriser le développement d’emplois de services relativement peu qualifiés et peu rémunérés ou encore des spécialisations internationales permises par le commerce mondial.

La rapidité de ces évolutions et la diffusion soutenue des technologies amorcées ces dernières années nécessitent des systèmes de formation continue mais aussi il devient essentiel de rééquilibrer le pouvoir de négociation des travailleurs les plus précaires, en particulier ceux des secteurs de la logistique, du commerce et des services aux personnes afin de garantir la qualité de leurs emplois. Ces emplois peu qualifiés sont moins protégés par des accords et des normes que les emplois traditionnels des secteurs industriels.

Le développement des outils numériques, accéléré avec la récente crise sanitaire, nécessite de développer les travaux sur les effets des innovations récentes sur les conditions de travail. Il est probable que ces effets soient très différents selon que le travailleur évolue dans un environnement innovant (création d’innovation), ou bien qu’il subisse la diffusion de nouvelles technologies (diffusion d’innovation). Dans le premier cas, les travailleurs créatifs ont de bonnes conditions de travail, dans le deuxième cas, les nouvelles pratiques de travail (voire le télétravail) soulèvent de nombreuses problématiques de qualité du travail.

Des indicateurs permettent d’identifier les innovations technologiques :

  • Une innovation dite de « produit » qui consiste en l’introduction d’un bien ou d’un service nouveau sensiblement amélioré (ex : un nouveau modèle de portable ou de voiture) ;
  • Une innovation dite de « procédé » qui consiste en l’introduction d’un bien ou d’un service nouveau (ex : chaine de montage, vente par internet) ;
  • Conséquence pour les salariés : changement organisationnel, nouveau rôle et développement de leurs conséquences.



La formation reste primordiale pour accompagner cette nouvelle société. Les innovations ne feront pas disparaître l’emploi, mais elles posent en revanche la question de l’évolution de la nature des emplois dans un contexte de changement technologique. « Avec l’avènement des innovations technologiques, on observe un impact (négatif) sur les heures travaillées, mais il est temporaire, et la situation se rétablit en l’espace de quelques années » précise l’OIT.


Références