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Croissance et emploi : où en est l’Allemagne ?

samedi 23 septembre 2017

L’Allemagne nous est souvent donnée en exemple en raison de son très faible taux de chômage, de son dynamisme industriel et de ses excédents budgétaire et commercial... Elle est souvent vue comme la « locomotive de la zone euro », selon l’expression de France Stratégie. Pourtant, cet organisme montre une vision contrastée de la réussite allemande, sur le plan macroéconomique comme sur le plan social. L’occasion de comprendre mieux la réalité allemande et ses pronostics d’évolution, d’autant plus qu’y est posée la question des travailleurs pauvres.

Des succès économiques indéniables, mais

Après une décennie 1995-2005 atone, la croissance allemande a dépassé nettement celle du reste de l’Europe pendant 10 ans. Mais cet écart fond nettement depuis 2015. Jusqu’à s’inverser en 2018 comme le prévoit le FMI ?

De plus, l’Allemagne a eu une balance du commerce international de plus en plus excédentaire jusqu’en 2015 (+6 %, chiffre considéré comme excessif par la Commission européenne), un peu moins depuis. De même qu’un budget public au-delà de l’équilibre depuis 2014. Cependant, l’investissement tant public que des entreprises reste en-deçà des besoins en matière de dépenses d’avenir, notamment dans le numérique et la transition énergétique. La capacité d’innovation semble en baisse, même dans les secteurs principaux comme l’automobile, si bien que France Stratégie pense que son potentiel de croissance est modeste à terme.

En effet, la consommation des ménages reste stable, sans progresser, due à quasi 15 ans (2000-2013) de stagnation salariale et dans une société qui vieillit et préfère épargner. La politique de la Chancelière, en ouvrant le pays aux migrants, a eu pour but de compenser le déficit de main d’œuvre, dû au déclin démographique, et a permis un solde migratoire de plus d’un million de personnes en 2015, …condamné par de nombreux Allemands ; le flux a diminué depuis. Moyennant des efforts importants pour former et qualifier ces migrants et grâce à l’aide bénévole de nombreux Allemands, leur participation à l’économie allemande devrait contribuer à la croissance économique du pays (+1/4 de point de PIB en 2016), tant comme actifs occupés que comme consommateurs.

Un très faible chômage, mais

En décembre 2016, son taux de chômage au sens du BIT était de 3,9 % (9,6 % en France), avec pourtant un taux d’emploi des 20-64 ans à 78 %, bien plus fort que l’ensemble européen (70 %, et 66 % en zone euro). Donc à la fois les personnes de 20 à 64 ans sont plus nombreuses qu’ailleurs à être actives et en même temps elles trouvent plus d’emplois qu’ailleurs en Europe !

Cependant, la création d’emplois à temps plein a reculé en Allemagne entre 1999 et 2011 : l’intégralité des nombreuses créations d’emplois est due à l’essor du temps partiel. S’il n’est déclaré subi que par 17 % de ces salariés, on peut penser que le faible développement de structures d’accueil des enfants en bas âge y conduit les femmes à renoncer à travailler à temps plein : 46,6 % des femmes travaillent à temps partiel. De plus le système fiscal décourage le travail, surtout à temps plein, des femmes. L’inégalité femme- hommes y est forte !

Une dualité des emplois, des inégalités croissantes

En effet, dans la période à cheval sur le changement de millénaire (1995-2005) l’Allemagne connaissait un certain marasme et un chômage fort. Aussi, le gouvernement fédéral a lancé une politique d’intégration des plus vulnérables dans l’emploi, mais au prix d’une plus faible qualité des emplois et de bas salaires. Aujourd’hui, à côté des emplois allemands classiques avec de très bonnes garanties, il y a 8 millions de salariés à bas salaires - définis comme l’ensemble des personnes dont les salaires bruts sont inférieurs aux deux tiers du salaire horaire médian -, soit 22,5 % des emplois, une des plus fortes proportions de l’UE (8,8 % en France).

Cependant, si l’on utilise la définition de l’OCDE, qui considère le seuil de pauvreté non plus aux 2/3 mais à 50 % du revenu médian, le taux allemand de travailleurs pauvres est de 3,5 %, contre 5,8 % au Royaume-Uni, 7,1 % en France, 11,5 % en Italie ou encore14,5 % en Espagne. Ainsi, l’Allemagne a plus de travailleurs à faible salaire mais d’une pauvreté moins accentuée que dans beaucoup d’autres pays européens.

Néanmoins les inégalités de revenus ont progressé durant ces derniers 20 ans, touchant principalement les non salariés, les chômeurs et les inactifs. En particulier elles se renforcent entre actifs et retraités, avec une retraite brute mensuelle de 1 100 € (1 376 € en France) ; l’écart est en partie dû au fait qu’un nombre très élevé de femmes allemandes ont eu une carrière très incomplète, voire pas d’emploi. Aussi, un million de retraités travaillent, soit 6 % des retraités, pour obtenir un revenu complémentaire, voire leur revenu principal.



Ainsi, un bilan et des perspectives en demi-teinte

Si les économistes commencent à s’inquiéter pour l’avenir de la modestie de son potentiel de croissance et du poids de son futur déclin démographique (retraites des baby boomers et faible natalité) sur son économie, en somme l’Allemagne est actuellement en bonne santé économique et financière, mais dans une incertitude pour le moyen et le long terme. Sans que ces inquiétudes doivent être exagérées. Car l’Allemagne a retrouvé des marges budgétaires, utiles pour un effort accru et nécessaire en matière de dépenses d’avenir, tant dans l’éducation que dans l’investissement dans ses infrastructures. Et l’industrie allemande garde un avantage compétitif et a les moyens d’innover davantage.

De plus, l’Allemagne est toujours un pays où, malgré la flexibilisation du marché du travail depuis 2005, le système de protection sociale reste fort et où le système fiscal et de transferts sociaux a un fort caractère redistributif.

De même, pour lutter contre les abus engendrés par cette flexibilisation, notamment vis-à-vis de travailleurs détachés ou migrants, le gouvernement fédéral a récemment créé un salaire minimum. Il reste modéré (8,50 € en 2015, 8,84 € depuis le 1er janvier), mais il correspond en gros à 50 % du salaire médian.

Les entreprises ont aussi des possibilités financières d’augmentations de salaires qui augmenteraient le bien-être et stimuleraient la croissance.

En somme, l’Allemagne a « des marges de manœuvre pour une croissance plus équilibrée » (France Stratégie).


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