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Discriminations antisyndicales : une évolution mondiale pas très optimiste !

mercredi 3 mai 2017

La revue Travail et Emploi vient de publier une étude sur les discriminations antisyndicales et les formes d’anti-syndicalisme dans le monde. Un bilan à vrai dire peu réjouissant. Explications.

Le syndicalisme pourtant reconnu par l’ONU

Reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies et par les Conventions n°87 et 98 de l’OIT, Organisation internationale du travail, les droits syndicaux font partie des principes et droits fondamentaux du travail censés être respectés par tous les États membres. Autant dire que nous sommes loin du compte. La liste des pays qui s’opposent au syndicalisme montre selon l’étude deux formes principales d’opposition : l’autoritaire et la néo-libérale.

Le syndicalisme dans les pays violents et/ou autoritaires

Là où la violence politique est très présente, l’engagement syndical peut se faire au péril de sa vie. Ainsi, chaque année, au Guatemala ou en Colombie des dizaines de syndicalistes sont assassinés. Mais dans des pays moins violents, si la vie des syndicalistes est moins menacée, leur activité n’en n’est pas moins sous contrôle. Dans ces pays on craint que le syndicalisme ne soit fauteur de troubles en encourageant l’aspiration à plus de liberté ou ne gêne les intérêts des entreprises liées au pouvoir ou ceux des multinationales présentes sur leur territoire. La revue cite en exemple le Zimbabwe, l’Iran, la Géorgie, bien sûr la Chine et son syndicalisme d’État mais encore la Birmanie ou la Russie.

Des démocraties pas toujours exemplaires

Considérée comme une grande démocratie, l’Inde limite les droits syndicaux comme le droit d’organisation des salariés, la négociation collective ou le droit de grève. Elle n’a d’ailleurs ratifié aucune des deux conventions de l’OIT. Des milliers de personnes sont chaque année arrêtées ou détenues en raison de conflits du travail.

Aux USA, depuis la fin des années 70, on a assisté à une vaste offensive antisyndicale. C’est même devenu un business avec des consultants, des juristes ou des psychologues du travail. Toute la panoplie des pratiques antisyndicales sont utilisées : briser une grève, manœuvres dilatoires pour retarder des actions en justice, surveillance ou fichage des syndicalistes, licenciements des militants…



Des études ont aussi montré la dureté des campagnes antisyndicales en Corée du Sud, au Royaume-Uni ou en Australie où les gouvernements conservateurs ont largement incité les employeurs à développer les pratiques antisyndicales.

Et en Europe ?

L’Europe occidentale apparaît comme « un ilot de protection du syndicalisme » considéré comme une composante de la régulation sociale avec les employeurs et l’État favorisant un modèle de développement alliant performance économique et justice sociale. L’engagement syndical est à ce titre largement protégé par le droit communautaire.

Mais ce modèle social est aujourd’hui fragilisé par la crise financière et la diffusion de l’orthodoxie libérale en matière économique sans compter les menaces que font peser sur les droits syndicaux les poussées populistes ou le développement de l’euroscepticisme.


Ce tour d’horizon réalisé par la revue Travail et Emploi montre à quel point la reconnaissance du syndicalisme n’est encore pas acquise, malgré les traités internationaux. Elle fait encore débat entre ceux qui considèrent qu’il constitue un frein au libre fonctionnement des entreprises et ceux qui, comme nous, affirment qu’il constitue, en plus des avancées sociales pour les travailleurs, un véritable facteur de compétitivité des entreprises.


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