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Euro fort, Euro faible : et si un pays comme la France quittait la zone euro ?

mercredi 2 juillet 2014

Tous les pays ne sont pas égaux… Un pays comme la Grèce aurait pu quitter la zone euro. Si elle ne l’a pas fait et si les dirigeants européens s’y sont opposés et ont agi en conséquence, c’est certes pour préserver les intérêts de leurs entreprises (et de leurs banques !) en Grèce, mais surtout par peur de l’inconnu et du précédent que cela aurait créé. La zone euro, elle, aurait pu continuer à fonctionner sans la Grèce.

Avec la France, il en irait tout autrement et ce serait très probablement la fin de l’Euro. Cela créerait un désordre cataclysmique dont les effets sont difficiles à imaginer, plongeant toute l’Europe, et par contre coup l’économie mondiale, dans une crise de défiance et une crise économique et financière à côté de laquelle celle de 2008 apparaitrait comme un incident mineur.

Mais imaginons un instant que la France abandonne l’Euro et que la Zone euro, réduite par exemple à l’Allemagne et aux pays rhénans et scandinaves, perdure. Que se passerait-il ? Le nouveau franc serait immédiatement dévalué - au minimum de 20 à 25% -. Si cela donnerait un coup de fouet à nos exportations – sous réserve que les pays avec lesquels nous commerçons ne prennent pas de mesures de rétorsions contre ce qu’ils pourraient considérer comme une concurrence déloyale – les prix de tout ce que nous importons s’en trouveraient automatiquement augmentés, avec les répercussions, à due proportion, dans le coût de ce que nous exportons : ainsi l’effet bénéfique de la dévaluation serait réduit. D’autre part les prix intérieurs augmenteraient, réduisant le pouvoir d’achat de la population. Il peut en résulter une inflation dont les gagnants sont ceux qui peuvent refiler le mistigri, parce qu’ils ont une situation de force économique qui leur permet d’augmenter le prix de ce qu’ils vendent (ce qu’ils produisent ou leur force de travail). Les perdants sont ceux qui ne sont pas en situation favorable pour augmenter leurs revenus au moins autant que l’inflation (les retraités par exemple). Et en période de chômage de masse, surtout des peu qualifiés, il n’est pas nécessaire de faire un dessin.

L’effet en retour sur l’économie et la société françaises pourrait être atténué, si l’augmentation des prix des produits importés entraînait une substitution de produits fabriqués en France. Il n’est pas nécessaire de faire une longue démonstration pour voir que cet effet est limité. Il y a tout ce que nous ne produisons pas et dont nous ne pouvons nous passer (le pétrole par ex.) ou dont nous ne voulons pas nous passer (les produits informatiques par ex.) quelles qu’en soient les raisons (la qualité, supposée ou réelle, des produits étrangers). Et de même, le coup de fouet sur nos exportations pourrait ne pas être aussi fort que ce que l’on pourrait escompter, parce que la demande étrangère peut s’avérer moins sensible aux prix qu’à d’autres éléments de concurrence. On ne dit pas « insensible » mais « moins sensible » : dans ce cas de figure, les exportations augmentent, mais moins que la baisse des prix rendue possible par la dévaluation pourrait le faire supposer. C’est ce que les économistes désignent sous le terme d’élasticité. À condition aussi que les entreprises baissent leurs prix à l’exportation et n’en profitent pas pour augmenter leurs marges…

Mais les effets d’une sortie même « paisible » de l’euro et d’une dévaluation du franc (par rapport à son ancienne valeur en euro) ne se limitent pas aux aspects commerciaux. Les conséquences sur la sphère financière seraient considérables. Il n’est que de citer la dette publique. Celle-ci qui est libellée en euros et financée par des emprunts sur les marchés financiers, verrait sa valeur en francs augmentée d’un montant équivalent à la dévaluation et le service de la dette, aujourd’hui extrêmement faible justement grâce à l’euro, s’en trouverait considérablement alourdi par l’envolée certaine des taux d’intérêt que la France devrait consentir pour continuer à trouver des investisseurs prêts à souscrire à nos emprunts. Il n’y aurait pas d’échappatoire, sauf à réduire drastiquement nos déficits et notre endettement par une politique d’austérité, sans commune mesure avec celle que l’on est censé conduire actuellement…