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Les divergences sociales entre Sud et Nord de l’Europe repartent à la hausse

samedi 25 avril 2015

C’est une des conséquences de la crise économique et financière qui est peu présente dans le débat public : la convergence sociale des pays du Sud avec les pays du Nord s’est arrêtée. Le dernier document de France Stratégie (ex Commissariat au Plan) présente de nombreux indicateurs à ce sujet et explore des pistes d’amélioration.

L’exemple de l’Espagne, touchée au niveau social
Par exemple, alors que l’entrée dans l’Union européenne de l’Espagne avait provoqué une formidable croissance et un rattrapage du niveau de vie espagnol vers la moyenne européenne, la crise a inversé cette tendance.

  • Les chiffres montrent que plusieurs indicateurs espagnols décrochent de la moyenne européenne :
    • Le taux d’emploi qui atteignait 68,5%, chiffre proche de la France (70%) en 2008, a perdu 10 points en 5 ans, passant à seulement 58,6% ;
    • Les personnes sans activité ni salariés, ni étudiants, ni stagiaires sont passées de 14 à 18% de la population espagnole sur la même période ;
    • 1,5 million d’Espagnols en plus sont tombés dans la pauvreté entre 2008 et 2013 ;
    • L’écart de revenus entre les 20% les plus pauvres et les 20% les plus riches est passé de 5,7 à 6,3. Des chiffres similaires sont observables dans les pays du Sud, de manière encore plus accentuée en Grèce.

Un écart entre Nord et Sud de la Zone euro qui s’agrandit
Au total, le revenu national brut des pays du Sud a perdu plus de 10% par rapport à la moyenne européenne en 2014 alors que ces pays étaient sur la moyenne européenne 5 ans plus tôt. Ces pays du Sud comprennent la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal. Au contraire, les pays du Nord de la zone euro (l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Finlande, la France, les Pays-Bas) ont continué de bénéficier d’un revenu national brut en moyenne supérieur de 30% malgré la crise, étant finalement peu affectés par le ralentissement économique. Les pays de l’Est ont vu leur rattrapage stoppé mais n’ont pas perdu par rapport à la moyenne européenne, restant à niveau de revenu en moyenne inférieur de 50%.

Ce sont donc les pays du Sud de l’Europe qui ont le plus perdu dans la crise. Celle-ci a en effet révélé les failles qui s’y étaient développées malgré la convergence avant la crise : perte de compétitivité globale, envol de la dette privée en Espagne et publique en Grèce, surreprésentation de secteurs comme l’immobilier ou le tourisme dans l’économie au détriment de l’industrie. La dépense publique n’a pas assez soutenu l’investissement dans la recherche et développement (R&D) et la qualification de la main d’œuvre.

Il est intéressant de noter que cette étude raccroche d’emblée la France au pôle économique du Nord, donc des pays qui s’en sortent mieux que la moyenne européenne et que les pays du Sud, prouvant une fois de plus que l’appartenance à la zone euro a plutôt contribué à protéger la France. Pour que notre pays reste dans le groupe du Nord, il faut donc qu’il privilégie ce qui a manqué aux pays du sud avant la crise, à savoir la R&D et la montée en qualification de la main d’œuvre. La récente réforme de la formation professionnelle tombe à pic. Le rapport évoque aussi le rôle possible de l’Europe pour favoriser une assurance chômage européenne, le soutien à l’investissement en R&D dans le cadre budgétaire européen et la coordination des revalorisations salariales.


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