Globalement plus de risques professionnels pour les travailleurs handicapés
L’enquête distingue 2 notions de travailleurs handicapés : ceux qui sont « reconnus handicapés » et tous ceux qui sont en « situation de handicap », ce qui inclut aussi ceux qui ont un problème durable de santé et des limitations d’activité.
Leur profil diffère de celui de l’ensemble des salariés : plus âgés, plus souvent ouvriers ou employés, plus fréquemment à temps partiel. Pour que ces particularités ne créent pas un biais d’analyse l’étude fonctionne à caractéristiques comparables.
Or pour 7 risques sur 8, les travailleurs handicapés sont plus exposés que les autres salariés : la pénibilité́ physique, l’intensité́ du travail, le manque d’autonomie, les exigences émotionnelles, le manque de soutien et de reconnaissance, les conflits de valeurs et l’instabilité́ du poste. Avec des différences d’intensité du risque selon leur situation de handicap : la surexposition est établie à +0,3 sur 10 pour les salariés reconnus handicapés (3,4 sur 10 contre 3,1 pour tous les salariés) ; elle est plus forte encore quand on intègre tous les salariés en situation de handicap : +0,5 avec un taux de 3,6 sur 10).
Différentes surexpositions selon les risques professionnels
– Pour les pénibilités physiques (au nombre de 11), leur surexposition est la plus forte pour le bruit et les produits dangereux et un tiers des salariés handicapés en cumulent 6, car s’ajoutent pour eux les charges lourdes, les postures, mouvements et déplacements pénibles et la saleté). Mais les ouvriers sont un peu moins concernés, peut-être grâce à plus de reclassements, d’aménagements de postes ou de fonctions.
– Un tiers cumule la surexposition à 5 des 11 facteurs déterminés pour le manque d’autonomie en particulier la répétition des gestes, le manque d’autonomie d’organisation, les directives et contrôles stricts, de même que le contrôle des horaires, le rythme de travail imposé et la moindre possibilité d’apprendre et d’acquérir de nouvelles compétences. Cela touche tous les salariés en situation de handicap, beaucoup d’ouvriers mais moins les employés.
– Nombreux sont ceux qui subissent une forte charge mentale en lien avec des exigences émotionnelles et un surcroit de tensions avec leurs collègues, leur hiérarchie ou le public. Cela concerne les salariés en situation de handicap, tout particulièrement les employés.
– Ils subissent aussi davantage un manque de soutien et de reconnaissance, s’estiment souvent mal payés, en manque de perspectives professionnelles et craignent les répercussions de leur travail sur leur santé. Cela touche particulièrement les ouvriers.
– Ils vivent un peu plus de conflits de valeur que les autres salariés et sont plus souvent en désaccord sur les moyens attribués à leur travail et à leurs carences. C’est le cas des travailleurs en situation de handicap, avant tout des employés.
– L’instabilité de leur poste est plus fréquente : un quart craint pour son emploi et un sur deux craint de ne pas retrouver facilement un emploi au moins équivalent.
– Enfin, ils vivent une organisation du travail plus contraignante, notamment pour leur temps de travail, avec plus d’horaires rigides et non discutés, du travail le weekend, des journées fractionnées. Mais ils moins contactés en périodes hors travail. Ce sont les ouvriers qui subissent le plus ces contraintes organisationnelles.
En conclusion
On voit combien les risques professionnels et les facteurs de pénibilité sont encore lourds en France. Ils rendent encore plus difficile l’accès au travail des travailleurs handicapés, déjà affectés par leur état de santé, …alors que les employeurs sont loin d’être au niveau imposé du taux d’emploi des travailleurs handicapés, avec un taux de 3,5 % d’emploi direct au lieu des 6 % demandés.

Source
- Quelle exposition des travailleurs handicapés aux différents risques professionnels ? Dares Analyses n° 35 – mai 2024 :
https://dares.travail-emploi.gouv.fr/.../Dares_DA_travailleurs-handicapes_conditions-de-travail.pdf
– La pénibilité́ physique
– L’intensité́ du travail
– Le manque de soutien et de reconnaissance
– Les conflits de valeurs
– Le manque d’autonomie
– Les exigences émotionnelles
– L’instabilité́ du poste
– Les contraintes d’organisation du temps de travail