La lassitude face à l’information permanente
Avant l’arrivée du numérique, les médias traditionnels, journaux et chaînes de télévision proposaient aux usagers des rendez-vous fixes en dehors desquels chacun pouvait poursuivre sa vie. Aujourd’hui avec les réseaux sociaux, les messageries, les TV en continu, une information permanente est accessible avec l’utilisation généralisée des smartphones.
- 62 % des personnes interrogées utilisent fréquemment les réseaux sociaux pour s’informer contre 51 % pour les journaux télévisés et 41 % pour la radio.
- 42 % des personnes interrogées ont le sentiment d’un trop plein d’informations qui les empêche de prendre du recul. 47 % ont du mal à distinguer entre vraie et fausse information ou à relever ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Elles sont donc 53 % à avoir du mal à suivre les évènements.
- 57 % sont découragées face à l’information et 43 % en concluent qu’il n’est pas important de s’informer. Ils considèrent qu’il n’y a pas de différence entre la gauche et la droite.
- Les plus fatigués sont en majorité les moins de 35 ans et les non-diplômés. En revanche, les plus diplômés et les plus de 65 ans continuent majoritairement à faire confiance aux médias traditionnels et dans une moindre mesure aux numériques.
Même les plus fatigués restent captifs des réseaux sociaux
Il s’agit pour eux d’une forme de divertissement, mais ils récoltent des bribes d’information comme sur Instagram ou TikTok.
- Ces populations subissent, elles aussi, le caractère anxiogène de ce flux continuel. Cela aboutit à une dégradation de l’information, avec le rôle des influenceurs et des nombreux usagers qui créent leur propre information avec WhatsApp et Télégram où circulent de fausses nouvelles et des propos intégristes.
- Pourtant il existe une forte demande d’avoir accès à une information correctement vérifiée et hiérarchisée qui permette de comprendre et de traiter les faits de manière équitable, surtout chez les jeunes.

On peut classer la population en 5 groupes
- Les « hyper informés en contrôle » soit 10 % de la population ayant un profil plus âgé, plus masculin, souvent retraité.
- Les « hyperconnectés épuisés », 17 % de la population, confrontés à une surexposition de l’information. Cette population, à l’affut de la dernière nouvelle, se perd dans la pulsion de vouloir tout savoir tout le temps, immédiatement : les jeunes urbains, diplômés.
- Les « déviants oppressés », 35 % de la population, qui peinent à se forger une opinion, pris en tenaille par des avis contradictoires et qui finissent par décrocher. Groupe plutôt féminin avec un niveau de vie modeste.
- Les « déviants distants », 18 %, qui prennent le large et abandonnent les rivages des médias traditionnels pour prendre une autre vague, souvent alternative.
- Les « non concernés », 20 %, habitants du péri-urbain et des communes peu denses, actifs occupés, d’âge intermédiaire.
Plusieurs défis sont à relever : les médias doivent tirer les conséquences du succès des influenceurs auprès des jeunes. Presse et télévision doivent faire l’effort de modifier leur présentation et prioriser les enquêtes de fond sur les questions de la vie quotidienne. Les médias doivent accroître leur présence sur les grandes plateformes plébiscitées par les jeunes.
La régulation doit se renforcer
- En France, l’autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), est garante de la liberté de la communication audiovisuelle et numérique, elle veille au financement de la création audiovisuelle et à la protection des droits. Sa régulation s’étend aux plateformes en ligne (réseaux sociaux, moteurs de recherche, etc…).
- En Europe, le règlement sur les services numériques (RSN) en anglais « Digital plateformes Faveurs Act », est destiné à protéger les droits fondamentaux des utilisateurs en créant un espace numérique plus sûr en Europe, en luttant contre la désinformation, la haine en ligne, la vente des produits illégaux, etc… Les propriétaires des plateformes (M. Zuckerberg, E. Musk…), qui viennent de libérer aux USA toute contrainte sur Facebook, Instagram, X, devraient être sanctionnés par l’Union européenne.
« La lutte contre la désinformation, alors que celle-ci est un facteur déterminant du rejet de l’information, reste un vaste chantier pour lesquels les citoyens, les médias et les pouvoirs publics doivent se mobiliser ».
Référence
- Fondation Jean Jaurès - Les Français et la fatigue informationnelle :
https://www.jean-jaures.org/wp-content/uploads/2022/07/fatigue-informationnelle.pdf